LE PRINTEMPS DES OSMIES

Même confiné à la maison l’observation de la nature peut s’avérer une occupation passionnante.
Au début du printemps, les osmies font partie des espèces les plus faciles à observer, même à partir d’un balcon. Ces abeilles maçonnes fréquentent abondamment nos maisons et recherchent des petites cavités pour faire leur nid. Les trous ronds d’écoulement de nos fenêtres sont particulièrement appréciés.

Ces abeilles sauvages sont munies d’une forte pilosité qui leur donne l’allure de petits bourdons. Contrairement aux abeilles mellifères qui transportent le pollen sur leurs pattes arrière élargies en corbeille, les osmies, qui appartiennent à la famille des mégachilidés, disposent d’une brosse de récolte ventrale qui conserve un pollen poudreux.

Deux mâles tentent de se débarrasser d'un troisième déjà accouplé à une femelle

Les osmies sont visibles de mars à début mai, elles ne vivent que quelques semaines. Il suffit d’une température de 12° pour qu’elles sortent de leur nid mais plus la température est importante plus elles sont actives. Les premiers sortis sont des mâles reconnaissables à leurs poils blancs sur la face. Très remuants, ils attendent la sortie des femelles pour s’accoupler avec elles, d’où parfois quelques combats. Comme chez tous les hyménoptères les mâles ne possèdent pas de dard. Seules les femelles peuvent piquer ce qui est très rare car elles ne sont pas agressives même devant leurs nids. Les mâles meurent après l’accouplement tandis que les femelles se mettent en quête d’un logis pour pondre. Elles mourront aussi dès qu’elles auront pondu tous leurs œufs.
Dans la nature, ces abeilles maçonnes recherchent les trous de sortie des coléoptères dans le bois mort pour faire leur nid. Elles ne creusent pas et se contentent de nettoyer le trou avant de pondre. Mais la plupart des arbres morts étant coupés par sécurité ou pour faire plus propre, ces insectes, face aux déserts agricoles, se dirigent vers les constructions humaines à la recherche de trous ou de crevasses hospitalières.

Quand elle a trouvé une galerie à son goût, l'osmie rentre à l’intérieur la tête la première pour nettoyer et déposer quelques gouttes de nectar qui permettront d’amalgamer le pollen. Elle ressort puis rentre à reculons pour secouer le pollen contenu sous son abdomen. Elle constitue ainsi une boulette sur laquelle elle pond un œuf. Une fois la ponte effectuée, elle ferme la cellule d’une cloison en terre, maçonnée à l’aide de ses mandibules, puis œuvre à la fabrication d’une nouvelle boulette. Selon la longueur de la galerie, elle fabrique entre 3 et 10 cellules remplies de pollen. Quand il fait chaud et que les fleurs abondent la galerie est remplie en une ou deux journées. Une fois remplie de cellules, la galerie sera close d’une double cloison pour tenter de décourager les nombreux parasites qui cherchent à pondre dans les boulettes de pollen ou les larves.

A l'intérieur de la cellule la larve se nourrit toute seule de pollen

Après avoir consommé leur ration de pollen les larves ont tissé leurs cocon. La cellule du haut contient encore du pollen, la larve a peut être été victime d'un parasite? 

Ce dernier travail étant accompli, la femelle ne retourne plus à son nid. La larve se débrouillera toute seule pour se nourrir. A maturité elle tisse un cocon qui abritera la nymphe d’où émergera une nouvelle abeille. Après une longue période de diapause, celle-ci ne sortira qu’au printemps prochain.

L'abeille maçonne transporte une boulette de terre dans ses mandibules pour obturer sa galerie

Après avoir rempli sa galerie de pollen, l'osmie maçonne à l'aide de ses mandibules une double cloison de terre

Ces abeilles solitaires jouent un rôle important dans la pollinisation des fleurs. Elles n’ont pas de fleurs de prédilection mais leur apparition coïncide souvent avec la floraison des arbres fruitiers qui en tirent un important bénéfice. L’abeille domestique choisit la production de masse, il suffit qu’un champ de colza fleurisse en même temps qu’un verger pour que les abeilles abandonnent les arbres au profit du champ de fleurs plus productif. De ce fait de plus en plus d’arboriculteurs mettent en place des hôtels à insectes dédiés aux osmies pour accroitre leur production. Il y a beaucoup d’avantage à les utiliser. Elles restent dans la proximité du lieu où leurs nids ont été installés. Elles ne sont pas agressives. Le pollen récolté sur leur brosse ventrale reste poudreux donc plus disponible pour les fleurs, contrairement aux abeilles domestiques qui l’humectent de nectar afin de le fixer dans la corbeille de leurs pattes. Les fleurs visitées par les osmies sont pollinisées à 90% soit 1/3 de mieux que les abeilles domestiques. En fait les deux espèces se complètent.

Le remplissage de la galerie n'étant pas terminée les osmies ont passé la nuit à l'intérieur

FAVORISER LES ABEILLES SAUVAGES
Pour limiter leurs intrusions dans les trous d’écoulement de nos fenêtres, il suffit d’agrafer ou de coller un petit morceau de gaze ou de grillage fin devant le trou. En contrepartie, il convient d’offrir à ces abeilles un gite approprié.

Pour les attirer, il suffit de creuser des trous d’un diamètre de 5 à 8 mm sur une profondeur 4 à 10 cm dans une buchette de bois dur, éviter les conifères dont le bois peluche. On peut aussi couper des tiges de roseau ou de renouée du japon dont un des côtés reste obturé par le nœud de la plante. Le petit faisceau ainsi constitué sera accroché à partir du mois de février près de sa fenêtre, si possible avec une orientation sud-est. Ces abeilles aimant le neuf, il est conseillé de renouveler les nichoirs tous les ans.

Pour favoriser ces abeilles solitaires il convient de maintenir un jardin vivant et de permettre le retour des plantes sauvages qui amènent la vie dans nos jardins en permettant à une foule de petits animaux de se nourrir.
Attention à ne pas profiter du confinement pour nettoyer abusivement votre jardin et le transformer en « désert vert ». Les insectes et les oiseaux ont besoin de nourriture mais aussi de multiples cachettes qui vont du tas de bois aux feuilles mortes en passant par des zones d’herbes folles. Laissez la vie sauvage s’installer chez vous, il y a beaucoup à apprendre sur les activités de ces abeilles et l’observation de leur vie est une source d’infinis émerveillements.

Si la situation sanitaire s’améliore, une animation pour apprendre à fabriquer des nichoirs à osmies est prévue le 25 octobre 2020 à Saint Prix.

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Commentaires: 6
  • #1

    Christian Berquer (samedi, 18 avril 2020 11:48)

    Salut Gérard !
    Superbe reportage, comme d'hab ! Bravo.
    Chez nous, les osmies et leurs parasites sont très présents dans les trous d'évacuation de nos fenêtres.
    Par contre, depuis 2 ans, je constate une forte diminution de la biodiversité, surtout chez les Hyménoptères et les diptères. Mais paradoxalement, les araignées sont toujours assez abondantes.
    Amitiés de nous deux à partager avec Sylvie.
    Et protégez-vous bien contre le connard de virus !
    Christian

  • #2

    Thierry B. (samedi, 18 avril 2020 13:46)

    Bonjour Gérard.
    Très bon article, très intéressant et qui transmet toujours autant de connaissances. Merci pour ce superbe travail qui apporte une occupation de plus pendant cette période de confinement.
    Bon courage à toi et à Sylvie.
    Espérant que nous nous reverrons bientôt.
    Amicalement
    Thierry

  • #3

    William Koenig (samedi, 18 avril 2020 16:05)

    Salut les Blondeau.
    C'est magnifique et toujours instructif. comme d'hab !!!
    Comme tu as pu le voir Je laisse aussi beaucoup de place à la nature chez moi.
    Que ce soit pour les petits ou grands animaux. J'ai eu jusqu'à 5 sangliers dans le jardin.
    J'ai deux chevreuils en permanence ou presque. Pigeons, écureuils, multitudes d'oiseau, queues rousses, mésanges, rouge gorges, ..… ont élu leur demeure aux alentours.
    Mais j'ai des difficultés avec les ruches. J'en ai encore perdu une cette année.
    C'est un peu décourageant.
    Amicalement
    William

  • #4

    Didier Vétillard (lundi, 20 avril 2020 11:04)

    Hello
    Toujours un plaisir de te lire et de voir tes magnifiques photos.
    Je sens qu'on va avoir un reportage sur les gastéropodes du jardin prochainement!!!
    Bises à vous deux
    Didier

  • #5

    Michelle (jeudi, 23 avril 2020 19:25)

    Gérard,
    Malgré tes multiples tâches durant le confinement, tu as trouvé le temps de nous concocter cet article, petite pépite. Merci de nous partager tes connaissances et ta passion. Nous avons tout loisir d'observer la nature en cette période et de mettre à profit toutes tes leçons.
    Amicalement de Michelle & Jérôme

  • #6

    Dumont Isabelle (vendredi, 04 septembre 2020 02:34)

    J'en apprends toujours plus grâce à toi... Encore merci...