RENCONTRE AVEC LE CINCLE PLONGEUR

Suite aux observations de cincle signalées dans le Limousin aux environs de Saint Léonard de Noblat,
nous partons pour trois jours d’aventures à la recherche de ce remarquable oiseau, champion de plongée en eaux tumultueuses. 

Le cincle est un oiseau rondouillard un peu plus petit que le merle. Sa courte queue lui donne parfois l’aspect d’un gros troglodyte. De couleur brun foncé, il se distingue par un éclatant plastron blanc qui permet de le repérer quand il vole au-dessus de l’eau. Il est largement répandu dans toute l’Europe, l’Asie et l’Afrique du Nord.

Le cincle affectionne rivières et torrents au cours agité dont le lit peu profond comporte beaucoup de rocailles. La Vienne qui prend sa source dans le plateau de Millevaches sous le puy Lacaux près du  signal d'Audouze (956 m) est déjà une rivière conséquente à Saint Léonard de Noblat. Dans le passé, plus de vingt moulins à papier fonctionnaient autour de la ville. Le seul moulin encore en activité est le moulin Got. Construit au début du 16ième siècle, il cessa son activité en 1954. En 1997 sous l’impulsion de l’association « le moulin du Got » celui-ci a été transformé en musée vivant qui retrace l’histoire du papier. Il produit maintenant un papier de qualité et fait partie du réseau Luxe et Excellence en Limousin. Le moulin est situé à l’ouest de St Leonard sur le Tard, un petit affluent de la Vienne.
Pour alimenter les moulins des petits barrages furent construits pour canaliser l’eau. Ces petites cascades représentent des milieux favorables pour le cincle plongeur. Surtout si la faible profondeur de la rivière laisse apparaitre près des rives de nombreuses pierres, à la fois perchoirs et garde-manger pour notre intrépide oiseau.

Au bord du lit de la rivière nous repérons de loin des zones pierreuses qui pourraient bien convenir à l’oiseau. Mais l’accès semble difficile. Heureusement un promeneur nous indique une zone de pente plus douce qui permet des descendre jusqu’aux rives de la Vienne. Le chemin est à peine visible dans les hautes herbes et c’est au milieu des ronces et des orties qu’il faut se frayer un passage.

Sur les rochers subsistent quelques fientes blanches qui signifient que l’oiseau les fréquente, mais il y a aussi des bergeronnettes et des merles dans le coin. Enfin une première silhouette de cincle est aperçue. Reste à s’installer pour guetter son retour.

Pour être le plus discret possible nous aménageons des postes d’affuts sous tente et avec des vêtements camouflés. La tenue ghillie montre rapidement sa limite, tant sa facilité à s’accrocher aux ronces est grande. Quant à la tente, elle ne peut pas se monter partout avec la pente et les ronces. Nous optons donc pour nous tenir immobile sur des sièges parmi la végétation. Pas trop prêt pour éviter les dérangements et permettre de balayer un plus grand secteur. La longue attente commence.

A force de scruter l’eau en mouvement à la recherche de l’oiseau, il vient des hallucinations, on croit voir la forme de l’oiseau partout. Les remous brillants de la rivière se confondent avec la tache blanche du poitrail de l’oiseau. Un contrôle aux jumelles devient indispensable tant l’animal est mobile tantôt sur les rochers, tantôt en plongée ou se laissant porter par le courant.

Quand le cincle arrive et se perche sur un rocher, pas de précipitation, il faut le laisser inspecter le secteur afin qu’il se sente en sécurité, puis, quand il commence à picoter autour du rocher en dessus de la surface de l’eau nous pouvons diriger doucement nos appareils vers sa direction.
L’oiseau est très vif, perché au sommet d’une pierre, il observe les environs en pratiquant des révérences ailes ouvertes, comme pour montrer son éclatant plastron blanc. Plonger dans les chutes n’est pas sans risque. Pour conserver une acuité visuelle performante afin de capturer les petites proies qui tapissent les rochers, le cincle possède, comme la plupart des oiseaux, une membrane nictitante. Celle du cincle est blanche éclatante ce qui accentue son aspect bizarre quand il cligne des yeux.

En ressortant de l’eau bec chargé de victuailles il les conserve un moment comme pour nous montrer sa pêche puis si certaines sont un peu grosses ou remuantes, il les frappe sur le rocher avant de les avaler. C’est aussi un moyen pour casser les coquilles des escargots aquatiques qu’il capture et les laver. Quand il ressort de l’eau, il passe du temps à faire sa toilette. Il est important pour lui de conserver un plumage impeccable car son étanchéité est fortement sollicitée lors de ses plongées et de la nage qu’il effectue ailes ouvertes.

Les lâchés d’eau émis par les centrales hydroélectriques provoquent régulièrement des montées et des baisses du niveau de l’eau. Les amas de rochers prennent alors plus ou moins d’importance, ce qui rend le paysage moins monotone. Le cincle semble préférer le niveau assez haut de façon qu’il puisse continuer à se percher sur les plus gros cailloux et en même temps piquer une tête dans la rivière pour pécher. Remarquablement adapté, le cincle possède des os plus lourds que les autres oiseaux afin de plonger plus facilement. Ses pattes sont armées de griffes puissantes qui lui permettent de marcher au fond de l’eau et de résister à de forts courants. Il nage en ouvrant ses ailes et se laisse volontiers emporter par le courant.

L’animal est sédentaire. Il ne bouge que lorsque le lit du fleuve est à sec en été ou gelé en hiver. Son territoire s’étend sur environ un kilomètre de rive. Il est surtout actif en fin d’hiver et début de printemps quand il fait son nid et marque son territoire. En juin nous étions plutôt en période de nourrissage, mais nous n’avons pas observé de scène avec les jeunes.

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Commentaires: 7
  • #1

    Dominique T. (vendredi, 18 juin 2021 16:42)

    Bravo au photographe comme au passionné des oiseaux. Merci pour ces merveilleuses photos et ces infos passionnantes sur ces cincles et leurs mœurs. P

  • #2

    Dumont (vendredi, 18 juin 2021 17:38)

    Pas mieux...

  • #3

    Michelle (vendredi, 18 juin 2021 18:14)

    Gérard, malgré ta tenue de camouflage, on t'a reconnu :-)
    Bravo pour la leçon de choses et les si belles photos qui nous font voyager !!!!
    Merci de nous communiquer ta (tes) passion(s).

  • #4

    Jean-Pierre Turpin (vendredi, 18 juin 2021 18:36)

    Bravo Gérard pour ce reportage.
    J'ai observé le Cincle à Estaing dans le Lot et sur le Loup à côté de Cagnes sur mer.

    Aujourd'hui j'ai vu, rapidement car je conduisais, un Milan en vol. Sa queue très fourchue me laisse à penser qu'il s'agirait d'un Milan royal.

    Bonne continuation.
    JP

  • #5

    Thierry B. (vendredi, 18 juin 2021 22:00)

    Bonjour Gérard.
    Toujours de belles photos et plein d'informations intéressantes enrobées dans un récit captivant.
    Bien qu'ayant fréquenté les rives de rivières dans l'Indre, comme celle décrite dans ton article, je n'ai malheureusement pas vu cet oiseau assez singulier. Merci pour ta publication, dans l'attente de la prochaine.
    Amicalement.

  • #6

    Monique PETIT (samedi, 19 juin 2021 12:13)

    bravo pour ce reportage qui donne envie de partir.

  • #7

    Pascale Wouts (mercredi, 23 juin 2021 17:38)

    Très beau et intéressant. Le temps de la lecture , j'étais à l'affut moi aussi...!